A la découverte d’une fibre : le mérino

J’inaugure une toute nouvelle catégorie sur le blog : à la découverte de… L’idée est de vous présenter une fibre, une marque, une technique, etc… en lien avec les arts du fil. J’ai eu envie de cette rubrique il y a déjà un an, quand je me suis vraiment intéressée au filage. C’est une belle manière de découvrir les origines et les spécificités des fibres que l’on file ou tricote ! C’est une rubrique que je vais essayer d’alimenter régulièrement en fonction de mes découvertes ou de mes essais.

Pour cette première fois, j’ai choisi de vous parler d’une fibre que toute tricoteuse connaît bien : le mérino.

Le mérino peut être considéré comme la famille royale du monde de la laine. C’est la seule race de mouton qui est facilement reconnue par les néophytes. En effet, “mérino” est très souvent indiqué sur les étiquettes de laine mais également sur des vêtements. C’est présenté comme une preuve de qualité ! Il faut néanmoins faire attention, car la famille des mérinos est assez vaste et les caractéristiques peuvent varier.

Les origines

L’histoire du mérino commence au Détroit de Gibraltar dans ce petit canal qui sépare l’Espagne du Maroc. Au 12ème siècle, la famille royale espagnole a importé des béliers d’une tribu berbère, les Mérinides. L’objectif était de les croiser avec les meilleurs moutons espagnols. Le résultat fut spectaculaire puisque les moutons issus de ce croisement avaient une laine fine et douce comme aucun autre ! Ces moutons furent nommés “mérinos” en référence à la tribu berbère.

Les espagnols ont continué de sélectionner les meilleurs moutons parmi les mérinos et ils sont devenus incontournables sur le marché de la laine européenne. Si bien, qu’il fut interdit d’exporter des moutons mérinos hors d’Espagne pendant des centaines d’années. Ce n’est qu’au 18ème siècle que des membres de la famille royale espagnole acceptèrent d’offrir des troupeaux à leurs relations dans les différentes cours européennes. C’est ainsi que l’expansion du mérino en Europe et à travers le globe a pû se faire. Vers les années 1800, le mérino fut importé dans les colonies anglaises : Amérique, Australie et Nouvelle-Zélande. Il y a alors eu une nouvelle vague de croisement et de sélections.

moutons mérino en Afrique du Sud

De nos jours, 90% de la laine mérinos utilisées par l’industrie de la mode vient d’Australie. C’est là-bas qu’une nouvelle série de croisement et de sélection a permis d’obtenir des moutons à la peau plissée avec une surabondance de laine qui ne tombe pas. Il est ainsi nécessaire de les tondre une fois par an pour des raisons de santé.

En France, c’est principalement Napoléon qui a encouragé l’élevage de mérinos. Il y a également eu des croisements avec des espèces locales pour donner le Mérino d’Arles ou l’Est à laine Mérino.

Les caractéristiques de la fibre et du fil obtenue

On mesure la qualité d’une laine en fonction de la finesse de la fibre (le diamètre mesuré en micron) et la longueur de la fibre (en mm). La fibre du mérino est réputée la plus fine du monde. Une fibre mesure entre 65-100 mm, ce qui est plutôt court. Le diamètre est généralement moins de 24 microns. A titre de comparaison un cheveu fait entre 50 et 100 microns.

Cette finesse fait que les tenus en laine mérinos sont ultra légères, sèchent très vite, isolent mieux, ne grattent pas et sont infroissables.

Crédit : Lifefibre.com

Néanmoins, la famille mérino est loin d’être homogène et la gamme de qualité des fibres est bien plus étendues que dans la plupart des autres races de moutons. De plus, à cause de son importance commerciale, la manière de gérer les troupeaux et les objectifs poursuivis varient très régulièrement suivant la demande. Il est ainsi quasi-impossible de décrire des caractéristiques précises de la fibre et de la laine de mérino.

Le filage et l’utilisation de la laine

Au niveau du filage, la fibre est assez compliquée car elle est courte et glissante en raison de sa douceur. On peut la peigner ou la carder ce qui donnera des résultats différents. Dans le commerce, on trouve surtout de la laine filée en “worsted” ce qui donne un fil bien rond et lisse, idéal pour le tricot.

A l’origine cette laine servait surtout pour des vêtements utilitaires . Ce n’est qu’après la 1ere guerre mondiale qu’elle devient un matériaux de mode qui n’a cessé d’être utilisé.

C’est une laine très polyvalente qui en fonction de la qualité de fibre choisi (fine ou plus épaisse) peut permettre d’obtenir soit des vêtements légers, doux, délicats, soit des pièces avec plus de tenues. Elle est très facilement accessible et relativement bon marché sur le marché, ce qui fait qu’elle est parfois utilisée alors que d’autres races de mouton pourrait être plus adaptées au projet.

Il faut toujours faire attention à l’entretien du mérino qui peut s’abîmer facilement lors du lavage. C’est pourquoi la plupart des laines commerciales ont subi un procédé traitement dit “superwash” pour faciliter l’entretien.

Pour finir, parlons bien-être animal et environnement

La question du mulesing

Le mulesing (ablation d’une partie de la peau périanale) est une pratique courante en Australie pour réduire l’incidence de la myase qui attaque spécifiquement les moutons mérinos. C’est une technique très décriée.

Un boycott de la laine australienne a obligé la filière à s’engager en 2004 à éliminer cette pratique dans les élevages. Néanmoins, en 2009, l’Australie a décidé de ne plus respecter son engagement. En Nouvelle-Zélande, autre pôle important de l’industrie du mérino, cette pratique est en voie de disparition.

Il n’est pas toujours très facile de savoir si la ferme d’où provient la laine pratique le mulesing ou non. En particulier en ce qui concerne les laines dites industrielles. Pour les laines teintes à la main, certaines teinturières indiquent sur leur site que leurs laines proviennent d’élevage qui n’utilise pas le mulesing, généralement de Nouvelle-Zélande.

Le traitement superwash

Le traitement superwash est souvent décrié car il implique l’utilisation de nombreux produits chimiques. L’objectif de ce traitement est de lisser les écailles de la laine afin d’obtenir un fil qui ne feutre pas et que l’on peut laver en machine, voir passer au sèche-linge.

Ces procèdès amènent à plusieurs questions concernant l’environnement :

  • le traitement des eaux usées (et donc la pollution des cours d’eau) qui dépend de la réglementation du pays où le traitement est réalisé,
  • l’utilisation d’eau en grande quantité.

J’espère que ce tour d’horizon du mérino vous aura intéressé et que vous aurez appris quelque chose !! N’hésitez pas à apporter des compléments en commentaires ou à échanger sur cette laine qu’on utilise toutes et tous !

Sources : page wikipedia sur le mérino, site de The Woolmark company, livre The fleece and fiber sourcebook by Deborah Robson

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